KENADSA
D'HIER & D'AUJOURD'HUI
MONOGRAPHIE:
introduction: L'étymologie du nom de Kénadsa:
cette agglomération portait jadis le nom d'El-Ouina parce qu'une "petite source"
qui servait à irriguer les palmiers et fournissait l'eau potable aux habitants coulait
au centre du Ksar .
Cette région était également appelée "Mouillah"c'est à dire la petite source
salée, car l'eau était un peu saumâtre .
D'après la légende: Sidi M'HAMMED BEN BOUZIANE partit en pèlerinage
à la Méque. Aprés avoir rempli tous les rites imposés au HADJ , il se rendit à
Medine pour visiter le tombeau du prophète MOHAMMED (QLSSSL).En approchant
du tombeau , il salua l'envoyé de Dieu par la formule que l'on emploie pour saluer
les vivants :
"ESSALAM ALIKOUM".
Le prophète lui répondit "OULIKOUM ESSALAM YA MOHAMMED EL KENDOUCI"
de retour à El Ouina le cheikh conta la chose mais la forme Kendoussi fut altérée
en Kendoussi et dés lors , on arriva, à partir de ce singulier à la forme normale
du pluriel "Knadsa"
En réalité si l'on en croit Ibn Khaldoun , AOUINA aurait eu pour premiers
propriétaires Kendouc et Zekhoum .Plus tard , lors de transactions commerciales
les acquéreurs firent insérer dans l'acte ,qu'ils achetaient "Aouina" dit "Kendsek"
et par déformation devient KENADSA.
KENADSA AVANT LA COLONISATION : Au VII° siècle de l'hegire , un groupe
Merrakchi vint s'installer à Zekkour ,douar sis à proximité de Béchar où vivaient
les Ouled Azzi .Au bout de 18 ans , un différent éclata entre les Ouled Azzi et un
esclave des Mérakchi nommé Messaoud , les Merrakchi prirent fait et cause pour
leur esclave ,furent expulsés de Zekkour et vinrent s'installer à Djorf Torba , sur la
rive gauche du Guir , dans un ksar qui créèrent et dont on voit encore les ruines
aujourd'hui .Ils ne restèrent que peu de temps en ce lieu trop fréquenté par les
moustiques et les hôtes de passages .Ils décidaient alors de regagner Kénadsa.
Ils trouvèrent là un petit Ksar appartenant aux Beni Hassen qu'ils agrandirent vers
l'Ouest .Les Merrakchi sous la direction de Sidi El-Hadj Abderrahmane arrière grand
père de Sidi Mohammed fondateur de la Zaouia , développaient la maigre palmeraie
existante et construisirent la mosquée dite de SIdi El-HADJ .Ceci se passait dans le
courant du VIII° siècle de l'hégire.
Quelques temps après les Figuigui vinrent revendiquer les terrains et proposèrent un
arrangement aux nouveaux Kénadsiens qui refusèrent , préfèrent, leur acheter pour
700 Dinars la portion de terre s'étendant de Ras El Debar à Oued Guir (Djorf Torba)
et des collines du Krab à la Barga.
LA PÉNÉTRATION FRANÇAISE: L'arrivée des français à Kénadsa date du 10 avril 1870
lors de la grande expédition sur le Guir sous le commandement du général WIPPEN.
L'Oasis de Kénadsa est très célèbre chez les arabes .C'est le séjour du grand Marabout
dont l'influence religieuse s'étend jusqu'a la province d'Oran. Elle renferme une grande
quantité de palmiers sur une longueur de 7à 8 km , l'eau s'y trouve en abondance ,
et de bonne qualité, au centre ,au milieu d'un bois de palmiers , se trouve le ksar
contenant une population d'environ 2.000 habitants , le ksar ne possède rien de remarquable
si ce n'est une grande mosquée surmontée d'un minaret très élevé et qui se voit au loin
dans la plaine .
Le Marabout s'était posté , la veille au camp de Djebel Oum Esboue et avait demandé au
généal. qu"en raison de son caractère religieux, l'Oasis de Kénadsa fut respectée .
Cette demande fut accueillie et des ordres furent données pour qu'on ne touchait ni
aux propriétaires ni aux récoltes .
le général de Colomb écrivait le 18 Avril 1870 "le lendemain le général de division se mettait
en marche vers Kénadsa et s'y arrivait en deux jours .Les habitants de ce ksar appartenant
presque tous à des familles de marabouts , dont la politique française n'avait pas eu à se plaindre
dans les dernières incursions des Beni-Guil , sur le territoire de nos trajets de Geryville,
se présentèrent au Général en chef à son arrivée, et l'obligation de fournir quelques vivres
à la colonne leur fut seule imposée.
la conquête de Kenadsa à l'encontre de ce qui se passe dans le reste du territoire , fut donc
des plus pacifiques. Et ce n'est qu'en 1840 et précisément le 18 avril qu'un bureau d'affaires
indigènes était créé à Kénadsa.
RELIEF: Kénadsa est dominé au nord par la barga , ligne de cotes marquant la limite
sud du plateau pierreux où Hamada de l'oum esaba dont l'altitude varie de 800à 900m
et qui s'étend même dominée par les Gour , ces gours Gara Golla 1009m gara Oued
Zeboudj , garat Ziar 1012m jusqu' la hamada du guir (auj. HAMAGUIR) qui s'étend à perte
de vue entre le tafilalet et le Guir.
CLIMAT: climat saharien avec ses brusques éclats de température mais à caractère
continental, en raison de l'altitude 700 à 800 m durant les mois d'hiver de décembre
à Février les nuits sont souvent froides , les gelées nocturnes sont assez fréquentes
et les journées en général ensoleillées ,sont très fraîches . De Mars à juin alors que
la température s'élève progressivement sans être excessive, soufflent les grands
vents de sables Sud Est Ouest qui rendent pénibles les mois de mars et avril.
Du 1 juin au 1 septembre c'est la période de chaleur avec un maximum du 15 juillet
au 15 aout( 35 à 40 °). La saison des pluies se situent de Novembre à Mars ( pas plus
de 60 à 70 m/m par an)
HYDROGRAPHIE: Sorti des montagnes du haut atlas marocain , le guir le plus grand
Oued Saharien , traverse le poste du nord au sud, le Guir a une ou deux crues importantes
par an , durant la saison des pluies recevant l'apport d'affluent , a sec pendant le
reste de l'année.
VÉGÉTATION : Le pays est aride , en dehors des bords du Guir peuplés de Tamarins, des
fonds d'oueds et des days( cuvettes) ou subsistent les talhas( acacias), jujubiers sauvages,
trembles et quelques Bethoum(pistachiers) et zeboudj( oléastres) en dehors de quelques
palmiers Nebka- kénadsa- Meridja le reste du pays est assez nu .
c'est le sous sol qui réside la richesse du pays: Charbon de bois , fer, plomb, maganés ect...
GÉOGRAPHIE HUMAINE:
POPULATION: 1928 =1.162h -1948=12079 h -1954 = 7.447h , telles sont les variations
des populations enregistrées à Kénadsa en un quart de siècle .
sur les 7500h on compte 800 européens et 150 israélites.
une proportion élevée voisine de 78% tire en subsistance des HSO.
ETHNOLOGIE -LINGUISTIQUE:
Le développement économique de Kenadsa a attiré dans ce pays autour du noyau
de berbères arabisés, de leurs esclaves soudanais, et de la petite colonie de juifs du
Tafilalet qui peuplaient le vieux ksar-des types très divers:
Métropolitains du Nord et l'Est- Étrangers européens :Espagnols (principalement)
Italien, Allemands, Autrichiens, Marocains du Tafilalet et du sous- Kabyles, Algériens
du tell, et de l'ensemble du territoire d'Ain Sefra, et plus récemment Gourari et Touati.
Le Milieu européens comporte une forte proportion de Métropolitains: il diffère donc
en cela du reste de l'Algérie, quant au milieu musulman, en dehors des maraboutiques
du vieux Ksar qui ne se mésallient pas, et des négroïdes qui se marient avec des gens
de leur couleur, il s'est produit un certain brassage de types.
La langue communément parlée est l'Arabe: la petite colonie Kabyle comprenant
environ une trentaine d'éléments (après avoir compte six cents, il y a huit ans),
et les berbères marocains parlent en outre la langue de leur pays d'origine.
MŒURS ET COUTUMES:
Les sommes importantes distribuées mensuellement par les HSO ont sensiblement
élevé le niveau de vie de l'autochtone .La population locale ne manque pas ,d'envoyer ses
enfants à l'école pour s'instruire, d'essayer d'améliorer le confort de la maison etc...
Cependant la vie familiale évolue peu encore car l'élément féminin en est au même point
qu'il y a des siècles la condition de la femme même chez les musulmans aisés et évolués
est restée de même que jadis , les hommes craignent qu'en laissent plus de liberté
à leurs épouses, ils s'attirent les critiques ou les quolibets des voisins .Il semble cependant
que ,petit à petit , l'idée de la monogamie fasse son chemin.
MINES:
Les premiers affleurements de ce que l'on appelle la vaine ROUZAUD furent découverts
en 1917 .La voie de chemin de fer métrique existait alors jusqu'en ce dernier point et,
l'année suivante (1918) le rail arrivait aux charbonnages découverts .L'exploitation se faisait
ciel ouvert .La mine service du CFA, employait 200 mineurs et une trentaine d'européens.
Production de1941 = 80.000 T
Production de1942 =144.500 T
L'abatage du charbon à Kenadsa L'exploitation, dans ses débuts, a eu lieu à ciel ouvert, comme le montre la photographie. Elle est actuellement souterraine
NIVEAU DE VIE:
Il y a une différence assez nette entre le niveau de vie des européens et celui des musulmans
ceux-la appartiennent tous en effet aux HSO .
les effectifs des HSO sont les suivants:
Européens:
|
Poste de travail |
au 31/12/1956 |
au 31/12/1957 |
|
Ingénieurs |
06 |
07 |
|
Agents de maîtrise |
50 |
55 |
|
Techniciens |
13 |
10 |
|
Employés |
30 |
35 |
|
Ouvriers |
75 |
59 |
|
Total |
174 |
166 |
Musulmans (kenadsa exclusivement)
|
Poste de travail |
au 31/12/1956 |
au 31/12/1957 |
|
Agents de maîtrise |
12 |
10 |
|
Techniciens |
03 |
03 |
|
Employés |
41 |
24 |
|
Ouvriers |
1102 |
1129 |
|
Total |
1158 |
1166 |
Le niveau de vie des musulmans ne travaillant pas aux HSO est assez
bas , car il n'existe pratiquement aucune industrie, aucun artisanat
et très peu de ressources agricoles, la majorité sont militaires ,
commerçants ou petits artisans.
ENSEIGNEMENT:
École mixte du village Européens: en 1943/44 aménagement de 4 classes et construction
d'un préau dans un local prêté par les HSO .En 1947 , construction d'une école de garçon
à 4 classes mise en service en 1948.Ecole des filles de 4 classes avec 2 logements.
nombre d'élèves : École des filles 6 classes pour 246 élèves .
école vieux ksar 9 classes 320 élèves.
école ksar Djedid 7 classes pour 245 élèves.
pour répondre au désir d'un grand nombre d'analphabètes 5 cours d'adultes ont été
crées: 2 pour les hommes le 18/05/1948 et 2 pour hommes le 09/06/1949 et 1 pour les
femmes le 09/06/1949.
Cantine scolaire : créée en 1956 qu permet de servir tous les jours 160 repas aux élèves
indigènes.
Cinéma:afin de compléter l'enseignement donné par les instituteurs un cinéma fut acheté
en 1949 et un appareil de projection avec 100 films en 1951.
Urbanisme:
Travaux réalisés:Le centre de kénadsa est formé de trois agglomérations juxtaposées
le vieux ksar, la cité européenne des HSO et la cité musulmane des HSO dite "ksar djedid.
l'agglomération s'étend sur plus de 2 km et occupe plus de 200hectares.
Égouts : en 1947 , un réseau d'égout était entrepris qui a été complété
en 1952 par un raccordement de 120 m et en 1955 par la création d'un
nouveau réseau desservant l'école du vieux ksar , les logements d'instituteurs le stade
municipal et la maison des anciens combattants .
Rues et Place : en 1950 la place centrale du vieux ksar et la rue principale reliant au village
européen étaient mises en état enduites d'un mortier d'argile et bordée de trottoirs plantée
d'arbres, et goudronnée en 1955.
en 1953 /4954 tout un quartier nouveau s'est créé derrière la maison des anciens combattants
une place dite place de Sidi Mohammed Laredj a été inaugurée le 27.11.1953 par le Gouverneur
général d'Algerie.
Adduction d'eau :En 1955 fonçage d'un puits près du marché couvert et installation d'une
pompe Dragor sur le puits situé à proximité de l'ancienne infirmière.
Souk: Le mur d'enceinte fut donc édifié en 1946 à l'intérieur duquel s'installèrent les
marchands forains .Un marché couvert a été terminé en 1954 dont 40 stands et
inauguré par le directeur des territoires du sud .
Cimetière :Le mur de clôture du cimetière musulman commencé en 1951 a été achevé
en 1952.
Abattoir:En 1950 un abattoir municipal fut construit .
Santé publique:Un poste de secours ( 2 salles d'attente,
une salle de visite et 2 salle de soins)
fut construit au vieux ksar en 1943/1944 ,le service de l'AMS est dirigé par un médecin
militaire domicilié à Béchar , qui vient à kénadsa 2 après midi par semaine.
ÉLECTION: Élections municipales des 19 et 26 octobre 1947
|
tour |
inscrits |
votants |
suffrages exprimés |
elu |
ont obtenu |
|
1° |
437 |
318 |
307 |
GOUTTEPIFRE Antony (communiste 154 voix) |
Benitah khelifa (socialiste ) 84 voix Angniel Léonce (indépendant) 69 voix.
|
|
2° |
437 |
318 |
289 |
Bouzada cheikh ben slimane 157 voix Berriah mohammed 157 voix |
|
|
Election de DJAMAA du 10Décembre 1947 |
|||||
|
|
997 |
291 |
260 |
Boumedieni mohammed Hidjazi Bachir |
|
|
Assemblée Algerienne 4 Avril 1948 |
|||||
|
|
|
|
|
Gouttepifre -Gruz - Lehuraux |
|
Extrait d'Isabelle Eberhardt et Victor Barrucand
Le pardon:
A Kénadsa : Tout à coup , dans le silence du ksar déjà prêt à s'endormir, un grand bruit de voix s'élève
suivi de grincements de portes, de bêlements confus et de cris de joie.
"Voici le "harrag" qui revient ! On ramène le "harrag"! En en effet , c'est le retour inespéré
du grand troupeaux des marabouts et des ksouriens , qui avait été razzié dernièrement par des
pillards arabes et des berbers Ait-Khebbach.
Ces détrousseurs avaient emmené le troupeau vers l'Ouest, mais le cherif Ziani de l'endroit ,Moulay
Ahmed , s'étant fait expliquer la provenance de ce butin , dit à ses gens qu'ils avaient commis
un grand péché en élevant le troupeau de la zaoui sur un terrain sacré"Vous avez dérobé , leur
expliqua t-il, le bien des pauvres, des voyageurs, des orphelins.....Si vous voulez que Dieu et
SidiM'hammed-ben-Bou-Ziane vous accordent leurs grâces, vous n'attendez pas pour le restituer" Après quelque hésitations, les pillards se sont rendus aux injonctions de Moulay Ahmed et ils
ont désigné un de leurs alliés ,El-Hassani, des Barrabers Ait-Atta, pour ramener le "harrag"
à Kénadsa et pour solliciter en leur nom le pardon de Sidi Brahim.
Le Berbri El-Hassani , monté sur un maigre cheval gris, met pied à terre devant la grande porte.
Sidi Brahim , la main appuyée sur l'épaule du ptit Messaoud, s'avance lentement , péniblement,
à travers la confusion du troupeaux.
- Soyez les bienvenus, mes fils ! Que Dieu vous récompense de la bonne oeuvre que vous venez
d'accomplir !
Alors ces durs hommes baisent pieusement les voiles et les mains du marabout, trés ému qui
les embrasse à son tours.
Beau tableau d'histoire immémoriale !
AUJOURD'HUI:
KENADSA:
ville de charbon , la Tobba comme
l'appelle ses habitants a su conserver sa renommée malgré le bouleversement du mode de vie et a gardé ses traditions
propres. Elle l'est une des première communes de pays a avoir connu de l'électricité,
elle est devenue une Daira ( préfecture) en 1992,elle
se situe à 25 km de la wilaya de Béchar
,Kénadsa était originairement le siége d'une Zaoui de la confrérie des Ziania ayant pour
fondateur Sidi Mohammed Ben Bouziane , connut un grand essor au début du siècle grâce à la découverte de plusieurs mines de charbon. La zaouïa et le Ksar constituent pour ses
habitants les lieux privilégiés de méditation de rencontres, de
visites et de mariages .
Ville aux multiples activités culturelles.
El Ferda : l'un des groupes artistiques qui produit des chants traditionnels.
ESSAD : groupe artistique.
Le Berkiyachou: folklore arabo-africain a disparu depuis fort longtemps.
Les images de Kénadsa photographiées par Mr Azzeddine Abdelouahab ,sont téléchargées
du site http://membres.lycos.fr/samghun/ de Mr Benazzeddine Omar que je le remercie par la
méme occasion .


cliquez sur les photos
pour agrandir
Les Présidents de l'APC (MAIRES) de 1962 à 2003
1962 à 1966: Mr AZZEDDINE Larbi.
1966 à 1971: Mr ABBASSI Med Mehdi
1971 à 1976: Mr ABBASSI Med Mehdi
1976 à 1980 :Mr HEDDIBI Larbi
1980 à 1985 :Mr HEDDIBI Larbi
1985 à 1990: Mr SENINI Ali
1990 à 1992:Mr MOTRANI Abdellah
1992 à 1996: Mr BENCHERGUI Abdelhamid, YERFAA Med, Mahfoudhi Med (DEC)
1996 à 2001: Mr ADDOU Zoubir
2001 à ce jour : Mr SALMI Mohammed
Les députés et sénateurs:
Mr BENALI Salem
Mr BENGUERBA Cheikh
Mr MOUMENI Ziane
Mr ABBAD Larbi
Mr BELHAFIANE Khelifa
Écrivains: Mokkedem Malika- Moulsehoul Mohammed- Sebaa Rabah -
Salmi Mohammed - Fendoui Hadj - Tehirichi Mohammed - Djabri Mohamed.
Futurs écrivains : Fezzioui Lahbib- Fezzioui Omar - Zaidi Houcine - Soltani Mokhtar-Ammouri Ahmed.
| Benziadi
Chikh Mineur
et historien Les gueules noires du syndicat Né à Saïda en 1923, collégien à El Bayadh, poseur de rails à la mer Niger, puis mineur syndicaliste à Kenadsa jusqu'à la retraite, Benziadi Chikh est de ces personnages que le travail a modelé, du gagne-pain à la politique contestataire dans une Algérie encore colonisée. Au terme de sa carrière, dans sa villa au style européen, alors réservée aux ingénieurs français de la mine, et se rappelant ces années de labeur s'apparentant plus aux travaux forcés, Benziadi a cette terrible phrase : « Nous étions mal payés, mal nourris. Nous avons connu le vin avant le lait. » Ces mots révélant la misère que le mineur tente d'oublier l'instant d'une ivresse, la besogne qui aliène, mais surtout la conscience aussitôt prise de sa condition d'exploité. Car le charbon est à Kenadsa ce que n'est pas le pétrole ailleurs. La mine tout au long de son existence a gravé sur la ville son empreinte, aujourd'hui encore visible. Au bout des 20 km qui la séparent de Béchar, chef-lieu de wilaya, Kenadsa arbore ostensiblement des témoins de l'époque des geules noires. Ce que l'on aperçoit dès l'entrée, c'est cet immense monticule crasseux qui se dresse telle une dune noire de schiste, à un jet de pierre des carcasses des lavoirs, à présent désaffectés. Les kenadsis, comme reconnaissants à leurs aînés, ont érigé une statue représentant un mineur poussant un chariot rempli de la roche fossile. Le ton est vite donné, Kenadsa n'est pas près d'oublier sa mine. Minuscule bourgade, Kenadsa abrite dans l'intimité de son ksar d'argile tout ce qui fait le désert. Mysticisme imposé par l'infinité de ses territoires poussiéreux pourtant si riches. Ces trésors, au cours tumultueux de l'histoire, furent l'objet de tant de convoitises au fil des razzias et des colonisations. A l'origine, la cité est un centre religieux dont le rayonnement par la grâce de Sidi M'hammed Bel Bouziane, saint patron de la ville, arrive jusqu'au Maroc voisin. Le dôme blanchi à la chaux ou teinté d'un vert pâle est indissociable des paysages des oasis. Mais Kenadsa, avant même l'arrivée des français, est également connue pour son charbon qui sommeille dans les entrailles pétrifiées du sol. Recruté en 1943 à la mine en qualité de simple pointeur de fosse, Benziadi Chikh évoque la mine avec une pointe de nostalgie tant la vie y était intense, riche en épisodes qui allèrent marquer toute une génération en dépit du travail pénible quotidiennement renouvelé. « On ne peut évoquer la mine sans parler de ce dont elle a été à l'origine. C'est grâce au travail des mineurs que la population a connu les premiers soins médicaux. Mais il ne faut pas se leurrer, ici il s'agissait simplement de garder l'outil humain en état de fonctionnement, sans plus. D'autre part, c'est à ce gisement carbonifère que l'on doit l'électricité aussi bien à Kenadsa qu'à Béchar. En somme, un simulacre de progrès dans une ville compartimentée selon la nationalité et les origines tribales des mineurs. » Et au mineur de l'époque qui s'attelle aujourd'hui à l'écriture de l'histoire de la mine et des convulsions qui l'ont secouée d'expliquer que chaque quartier abritait une main-d'uvre de même origine : les kenadsis, étant chez eux, habitaient le ksar. En second lieu, il y avait l'apport local représenté par les Doui Meniaa et les Ouled Jrir, tribus de nomades du sud-ouest, auxquels étaient réservés les gourbis en toub. Les kabyles célibataires, supposés habitués à la poussière des mines françaises, habitaient les grands baraquements de l'actuelle caserne, les pièces étant réservées aux « petits chefs venus du nord du pays ». Puis, enfin, la cité européenne, elle-même soumise aux lois de la séparation hiérarchique. Il est d'une évidence élémentaire que les travaux les plus faciles étaient confiés à l'élément européen quel que soit son grade. La distinction se faisait au niveau du logement : les ouvriers spécialisés logeaient dans des corons, sorte d'habitations typiques aux mineurs ; les cadres moyens dans ces mêmes corons améliorés. En dernier, les villas revenaient aux ingénieurs. Français bien entendu. Tout ce beau monde, auquel il faut rajouter les Marocains réputés « bons travailleurs », vivait en vase clos, sans communiquer entre eux. C'est sur cet aspect humain et son corollaire politique que Benziadi insistera le plus. « De 1917 à 1975, la mine a employé 30 000 ouvriers à raison de dix heures de travail par jour dans des tailles d'exploitation dont la profondeur pouvait atteindre 500 m ; c'étaient de véritables tombeaux où les mineurs travaillent couchés. Cette situation s'est aggravée à partir de 1940 avec l'utilisation des marteaux-piqueurs à air comprimé, générateurs de poussière. Il fallait apprendre à l'ouvrier à revendiquer ses droits ; salaire décent, conditions de travail De ce point de vue, la mine de Kenadsa a été une formidable école de formation de syndicalistes et de cadres militants de la cause nationale. » Au commencement des mouvements revendicatifs, selon notre interlocuteur, les communistes français internés au bagne de Djniene Bourezgue, près de Béni Ounif. A leur libération, recrutés à la mine, ils mettront sur pied les premiers noyaux du syndicat des mineurs : « Au fil des grèves de 1945, 1946, 1948 et de 1951 qui a duré trois mois, les militants du MTLD, d'abord en concurrence avec le PCA, ont réussi à prendre la direction de la CGT et d'en déloger les éléments européens. Fregane Amor sera le premier responsable de la section. Il sera licencié après la grève, puis trouvera la mort au combat. Suite à ce dernier débrayage l'ensemble des délégués syndicaux seront licenciés. L'année 1951 est celle de la mort du syndicat de la mine de Kenadsa. » Quelques années plus tard, c'est la guerre de Libération. Les premiers chouhada de la région sont tous des gueules noires sorties des profondeurs ténébreuses de la terre. Bouamama Chatri, Si Ali Zaoui et bien d'autres encore, dont l'histoire n'a pas retenu le nom, martyrs anonymes, auxquels Benziadi Chikh par l'écriture de l'histoire de la mine tente de rendre un hommage digne de leur combat. Un travail de mémoire essentiel pour l'Algérie d'aujourd'hui. Samir Benmalek |
Artistes: Mohammed Belakbir- Tahar Saidi- Ahmed Belghanami -Mohammed Touiti-
Hadj Kergheli dit Randis(artisan)
Intellectuels : 80% des intellectuels que compte la wilaya de Béchar sont de Kénadsa.
Sport: OK (olympique de Kénadsa) WAK (widad atlantique de Kénadsa RCK
(racing club de Kénadsa).